Cannes 79

 



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J1 - La Vénus Electrique - Pierre Salvadori

Vu au Grand Théâtre Lumière à la suite de la cérémonie d'ouverture du festival. Une comédie romantique française qui me semble dans l'ensemble assez consensuelle et inoffensive malgré la combinaison narrative intéressante des thèmes de la voyance, du deuil et de la romance. Les comédiens principaux, Pio Marmaï et Anaïs Demoustier, portent le long de par leur alchimie et leur vivacité. Au delà de l'humour léger le récit atteint quelques jolis moments de profondeur et d'intimité. L'ambiance parisienne des années 20 (décors et bande-son) est assez immersive. Un moment sympathique, mais j'espère que le film est moins intéressant que tous ceux en compétition officielle, voire en sélection Un Certain Regard.


J2 - Dua - Blerta Basholli

Vu à l’Espace Miramar. Film présenté en Semaine de la Critique. Un long-métrage kosovar au croisement d’un film de guerre et d’un « coming of age » – malheureusement trop convenu et stéréotypé à mon goût dans son deuxième aspect. Cela dit le film a plu à l’audience – et les actrices principales, présentes, étaient particulièrement émues de son accueil.


J2 - Quelques jours à Nagi - Koji Fukada

Vu au Théâtre de la Licorne. Film en compétition officielle. Premier long en compétition de Koji Fukada – réalisateur japonais ayant précédemment proposé Love Life, Love On Trial… Il revient avec un slow-burner ayant pour cadre un atelier de sculpture dans lequel les personnages vont confronter sentiments passés et présents par introspection et par interrelations scéniques avec les bustes des dits personnages dans l’atelier. Un film qui recherche la finesse psychologique, et va dans ce sens plus loin que les précédents longs du réalisateur – l’essai est transformé. Une belle ouverture sur l’exploration de l’amour LGBT également. Manque peut-être un peu de direction pour être un grand film, mais écrit avec intelligence.


J3 - L'Abandon - Vincent Garenq

Présenté Hors Compétition, un thriller policier et politique implacable sur les derniers jours de Samuel Paty et les évènements et circonstances qui ont conduit à son assassinat. Belle interprétation d’Antoine Reinartz. Les codes du genre sont maîtrisés et travaillés au meilleur effet. Mon film préféré du festival pour l'instant.


J4 - Teenage Sex and Death at Camp Miasma - Jane Schoenbrun

ON Y EST ! Pour le cercle niche des amateurs du dérangé et du bizarre, je demande Jane Schoenbrun qui nous ouvre la sélection Un Certain Regard avec son Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Un film à multi-facettes : lettre d’amour aux slashers des années 80-90 (du générique d’introduction aux moult références et choix musicaux et visuels renvoyant à l’époque), méta-réflexion sur la nature créative du cinéma d’horreur et sa situation dans l’industrie du film, exploration de l’identité sexuelle et de la psychosexualité par le prisme du film, quelques mouvements lynchiens de mise en scène… (il y a même un acteur de Mulholland Drive dans le long) On se régale ! Jane qui vient nous secouer un peu la Croisette avec du cinéma d’audace. Bravo !


J4 - Quelques mots d'amour - Rudi Rosenberg

Présenté en sélection Un Certain Regard, voilà une comédie dramatique française qui narre la quête d’une jeune fille pour retrouver son père parti et les mots d’amour non exprimés dans son foyer. L’oeuvre brille par la fraîcheur et le naturel de ses acteurs (notamment enfants). Certaines répliques sont au laser : le comique populaire du film a généré des vagues de fou rires dans l’audience ! Le drame est tout aussi juste et arrache l’émotion sans en faire des caisses. Carton plein.


J5 - Sanguine - Marion Le Coroller

Présenté Hors Compétition, Sanguine de Marion le Coroller est fondamentalement le film petite soeur de The Substance de Coralie Fargeat qui avait déjà remué Cannes en 2024. Là où le second utilisait les outils du body horror pour attaquer la misogynie et la pression sociétale exercée sur le corps des femmes, le premier reprend les mêmes outils filmiques pour s’en prendre au capitalisme de façon plus large et à la culture de la performance. Un film politiquement engagé et artistiquement fait de forts partis pris narratifs, visuels et musicaux. Malgré ces qualités, le non-initié pourrait trouver une faute de goût dans cette métaphore faite de sang et de corps en décomposition, et on ne saurait lui donner forcément tort. J’ai de mon côté plus ressenti le malaise lié au fond du message. À voir pour se faire un avis, mais attention certaines scènes sont d’une intensité extrême.


J5  - Soudain - Ryusuke Hamaguchi

En compétition officielle, Ryusuke Hamaguchi n’est pas un nouveau venu à la Croisette, ayant effectivement gagné le prix du scénario avec son Drive My Car en 2021. Il nous revient avec Soudain, un mammouth filmique de plus de 3 heures et un monstre de densité intellectuelle, émotionnelle et poétique. L’œuvre est à la fois une analyse de la situation structurelle et financière des milieux du soin aux personnages âgées, un essai anthropologique sur la nature dévorante du capitalisme (décidément), une étude des techniques médicales de soin pour les patients atteints d’Alzheimer et une exploration de la fonction thérapeutique de l’art (en l’occurrence du théâtre ici). Tous ces aspects sont fouillés scénaristiquement ou via le dialogue par le formidable duo d’actrices que forment Virginie Efira et Tao Okamoto : quelle alchimie ! J’ai été très touché par l’amitié de leurs personnages et aurait bien apprécié passer une heure supplémentaire avec elles. 

Au-delà de ce travail intellectuel prononcé, le film recherche également la lumière dans la simplicité du rapport humain, dans l’échange, la célébration de l’acte du soin, de l’attention à l’autre. Il est aussi un exercice de grande beauté dans l’utilisation des éléments de décor, immeubles, lumières, couleurs pour la création d’une ambiance visuelle de qualité. J’ai vu dans l’oeuvre le regard d’un Edward Yang et les moments de grâce d’un Perfect Days. Autant dire que je ne serai pas offusqué si elle repart avec la Palme.


J6 - La Gradiva - Marine Atlan

Présenté en Semaine de la Critique. La Gradiva ouvre son bal sur un photomontage présentant l’esthétique d’un Le Sud, la poésie d’un Chris Marker et une bande son portée par des instruments à vent offrant une forte mélancolie. Autant dire qu’on est rapidement capturé.

S’ensuit le long périple d’un groupe d’adolescents à Naples et dans les ruines de Pompéi. On est surpris par l’opposition de ce théâtre antique et de l’insolence et du langage de cette fougueuse jeunesse profitant de ce voyage pour explorer désir et sentiments. Puis on réalise que le cadre fait de fresques picturales et sculptures élève ce jeu des émois à une certaine universalité. Une scène en particulier, présentant deux personnages ayant auparavant échangé intimité et se trouvant désormais dans la sphère du non-dit, capture leur silence avec le regard immortalisé des statues qui les observent. Assez sublime, il faut l’admettre. Une « caméra d’or », comme on dit à Cannes.

La majorité des dialogues ou conversations de groupe sonnent d’un grand naturel, voire improvisées. Cela renforce d’autant plus la qualité des moments d’intimité quand les barrières se brisent. Des séquences oniriques et jeux d’éclairage viennent explorer avec inventivité le désir de nos adolescents.

En parallèle se construit une quête filiale menant à la tragédie. On y retrouve des éléments de ce mystérieux et beau prologue. L’histoire s’achève avec sensibilité. Du cinéma d’art, définitivement.


J7 - Fjord - Cristian Mungiu

22h : je sors pour mon dernier jour à Cannes du Grand Théâtre Lumière à la suite de l’ovation du Fjord de Cristian Mungiu. Probablement le film qui m’a laissé le plus perplexe du festival, ce que je vois comme une bonne chose.

Fjord est avant tout un film de perspectives, et c’est ce qui fait à la fois sa richesse, un challenge intellectuel, et une certaine difficulté dans la position à prendre du spectateur. On traite un sujet très complexe et sensible : la violence parentale comme méthode éducative et ses sources culturelles et religieuses. Comment aborder un tel thème sans être manichéen, s’emmêler les pinceaux, trop en faire ou tomber à plat dramatiquement ? Le risque est bel est bien présent dès le départ : les perpétrateurs supposés sont les protagonistes, interprétés par un Sebastian Stan et une Renate Reinsve au jeu sans fioritures. On plonge rapidement dans l’ambiguïté morale. La question centrale qui s’installe finalement est celle de l’empathie du spectateur pour des parents perdant la garde de leurs enfants mais également accusés de violence domestique. Le film joue pour une bonne partie de sa durée de cette zone grise et dangereuse avant de quitter le terrain de l’essai pour aller sur celui de la politique. On sera convaincu ou pas en achevant le long. J’ai personnellement trouvé qu’à tenter (difficilement) d’obtenir la finesse nécessaire au thème et au récit, l’oeuvre peinait à créer une vraie force dramatique. Ce n’est pas forcément un échec. Le résultat est même probablement plutôt réussi au vu de la difficulté du sujet. 

Une mise en scène sobre et une photographie réaliste capturent élégamment les paysages norvégiens et nos deux acteurs A+. Pas le film le plus frappant du festival, mais à voir.

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